Málaga nouveau genre

(Málaga) Málaga, l’une des plus vieilles villes d’Europe, s’est payé une cure de jouvence au cours des dernières années qui l’a hissée dans le palmarès des destinations culturelles les plus intéressantes d’Europe. Visite guidée.

C’est dimanche et il y a foule sur le quai numéro 1 de Málaga. Des enfants avec leurs parents, des amoureux et beaucoup de jeunes filles maquillées-coiffées-endimanchées pour se tirer le portrait, un téléphone intelligent au bout du bras. Les terrasses sont bondées, les vendeurs itinérants font de bonnes affaires.

On marche à l’ombre de la nouvelle Palmeraie des surprises – cette imposante structure blanche de béton recouvrant partiellement la promenade -, vers le phare du XIXe siècle ou l’étrange cube multicolore du musée Pompidou. À gauche se dessine l’Alcazaba construite par les Maures au XIe siècle sur les restes d’une forteresse romaine; on a retrouvé, tout près, les restes du passage des Phéniciens qui ont fondé la ville il y a plus de 2800 ans. Ce panorama, c’est aujourd’hui l’essence de Málaga, l’une des plus vieilles villes d’Europe, qui a su embrasser la modernité avec brio au cours des dernières années et se forger une identité nouvelle: séduisante, jeune, vibrante.

Depuis 2003, on recense au moins six nouveaux musées d’envergure dans la ville, qui en compte maintenant plus d’une trentaine, pour une population qui dépasse à peine les 560 000 résidants. On a réaménagé entièrement la section urbaine du port pour le rendre (enfin) accessible aux citoyens et on y a ouvert des restaurants et des boutiques ; on a décuplé le nombre d’hôtels (surtout de type urbain), on a piétonnisé un secteur de quelque 11 hectares dans le centre-ville et nivelé toutes les chaînes de trottoir et les escaliers qui pouvaient nuire à l’accessibilité des personnes en fauteuil roulant – et des poussettes – et on a installé un réseau de vélos en libre-service. On construit la deuxième ligne d’un métro tout neuf. Dynamique? À peine.

Culture et soleil

Tout a commencé il y a une trentaine d’années, quand la ville de Torremolinos s’est séparée de Málaga, explique le guide touristique Eduardo Vandoome, installé ici depuis près de 40 ans. «Le problème, c’est que tous les hôtels étaient situés dans ce secteur: Málaga perdait du même coup tous les revenus liés aux taxes touristiques.» Il a fallu revoir la stratégie touristique de Málaga. On a lancé un plan d’embellissement des façades il y a 20 ans, puis, sous l’impulsion d’un maire particulièrement dynamique, un plan de renouvellement de l’offre culturelle, mis en oeuvre en 2003 par le nouveau musée Picasso et couronné en 2015 par l’ouverture historique non pas d’une, mais bien de deux antennes de musées figurant parmi les plus réputés du monde: le musée Pompidou et le musée d’art russe de Saint-Pétersbourg.

Du coup, Málaga n’est plus, maintenant, une simple destination balnéaire où l’on ne fait que passer entre deux sauts à la plage ou sur un terrain de golf, d’ailleurs souvent situés dans les cités voisines. «Nous sommes une destination de séjour en ville, on reste ici de quelques jours à une semaine», remarque Antonio Díaz Lomeña, de l’Office de tourisme de la Costa del Sol. Le nombre de visiteurs est en hausse constante et on dépasse année après année, depuis 2013, les attentes: les données divulguées en janvier montrent que le taux d’occupation des hôtels est au deuxième rang en Espagne, derrière Barcelone, mais devant Madrid et Majorque. Les Espagnols viennent beaucoup – près 50 % du tourisme est local -, mais aussi les Britanniques, les Scandinaves et les Italiens, pour profiter des musées. Pour les Québécois, la destination a l’avantage d’être desservie par des vols directs toute l’année et d’être exempte du virus Zika, ce qui n’est pas le cas de plusieurs destinations soleil.

L’Espagne qu’on aime

Málaga peut servir de bon camp de base pour explorer le reste de l’Andalousie – Séville, Cadix, Grenade -, mais il faut au moins lui consacrer quatre jours afin de profiter de son centre-ville piétonnier si tranquille, de tous ses musées, bars et restaurants où l’on retrouve ce qu’on aime tant de l’Espagne: des vins de qualité abordables – on boit bien pour 2 euros, très bien à 3 euros le verre (5 $, taxes et service inclus, n’oublions pas que la clientèle est essentiellement constituée de locaux et que le pays est en crise) – et des tapas d’une cuisine simple et préparée avec des ingrédients locaux de qualité. Beaucoup de poisson – on en mange 35 kg par personne par an, ici! -, du jambon séché, du fromage à pâte cuite, beaucoup de préparations à base d’oeuf et d’huile d’olive. On mange tard – n’osez même pas vous pointer avant 20 h 30 dans un restaurant, le soir -, mais on dîne à 15 h, alors ça va. En matinée, on prendra un «nuage avec un schtroumpf» – un nube con un pitufo -, c’est-à-dire un café avec beaucoup de lait et un tout petit sandwich.

Oui, la vie est douce, ici. Picasso disait aussi que tout ce qui peut être imaginé est réel. La destination combinant plages, musées et douceur de vivre que vous aviez imaginée est peut-être bien réelle.

La ville s’expose

Six musées incontournables à Málaga.

Musée de Málaga

Vous avez dit nouveau? Le Musée de Málaga, inauguré il y a tout juste deux mois pour le plus grand bonheur de tous, sent encore la peinture fraîche. Parce qu’il est beau, franchement beau, ce musée niché dans l’ancien édifice de la douane, un palace de quatre étages où l’on a réuni les collections de deux anciens musées – celui des beaux-arts et celui d’archéologie – remisées depuis une dizaine d’années. La section historique est particulièrement riche – Málaga a été fondé par les Phéniciens 600 ans av. J.-C., faut-il le rappeler -, mais surtout bien présentée, avec des explications claires et un usage bien dosé des outils multimédias. Bravo.

1,5 euro

Musée Picasso

L’enfant chéri de Málaga a droit à deux musées – rien de moins – dans sa ville natale. L’un dans la maison où il a passé son enfance, l’autre se concentrant plutôt sur ses oeuvres, ouvert en 2003, premier jalon du renouvellement culturel de Málaga. La collection présentée actuellement est assez succincte pour un artiste aussi prolifique: 38 oeuvres. Mais on inaugurera en mars une série de présentations thématiques sur la vie du maître, pour lesquelles 166 pièces seront mises à profit. Le musée accueille aussi des expositions temporaires sur des artistes amis ou disciples de Picasso (passionnant Joaquín Torres-García, lors de notre passage), qui se fait (presque) voler la vedette.

Prix : 4 euros (par musée)

Musée Carmen Thyssen

Construit autour de la collection de la richissime baronne Carmen Thyssen, le musée homonyme propose une immersion dans l’art espagnol – et particulièrement andalou – qui s’avère des plus enrichissantes pour les touristes curieux. Le XIXe siècle et la première partie du XXe siècle y tiennent le haut du pavé: on découvre la campagne andalouse avant l’avènement de la photographie au fil des scènes de tauromachie, de fêtes et de courtisaneries. Installé dans un édifice du XVIe siècle, il accueille un joli café doublé d’une terrasse intérieure paisible.

Prix: 6 euros

Collection du musée russe de Málaga

Le célèbre musée russe de Saint-Pétersbourg a ouvert en mars 2015 son premier satellite à Málaga dans l’un des bâtiments les plus emblématiques de la ville, la Tabacalera. On y présente une série d’expositions renouvelées chaque année, conçues en puisant dans le catalogue de quelque 400 000 pièces de la maison mère, traduisant 1000 ans d’évolution artistique russe. Il jouxte le très populaire musée de l’automobile de Málaga: prévoyez une demi-journée pour les deux visites, et rentrez à pied vers le centre-ville en suivant la promenade bordant la plage.

Prix: 8 euros

Musée Pompidou

Soyons francs, c’est sûrement l’enveloppe du musée Pompidou, avant son contenu, qui attire d’abord l’attention: un cube multicolore abandonné dans le port par un enfant géant qui s’en serait lassé, et qui n’est pas sans rappeler le Palais des congrès de Montréal. En mieux, parce qu’ici, il y a la mer en toile de fond et, tout en bas, une collection de près de 300 oeuvres prêtées par Paris. On raconte que c’est lors d’un match de soccer que le maire de Málaga a convaincu le directeur du Pompidou d’en installer ici la première antenne hors de France : le contrat a officiellement été signé pour cinq ans, mais tous, ici, semblent convaincus qu’il sera renouvelé après 2018. On espère de même.

Prix: 9 euros

Centre d’art contemporain (CAC)

Inaugurée en 2003, cette maison de l’art contemporain a pour mission de promouvoir les artistes des XXe et XXIe siècles et la réflexion sur les différentes formes d’expression artistique. Une offre sans cesse renouvelée, donc, et originale, profitant de salles d’exposition aux dimensions considérables. On y présente jusqu’en mars une colossale rétrospective de l’oeuvre de Mark Ryder (une première en Europe). Le CAC est un peu excentré, mais le restaurant qui s’y trouve, Oleo, mérite aussi le détour: on fait d’une pierre deux beaux coups.

Entrée gratuite

Málaga plaisirs

À Málaga, profiter de la vie n’est pas un défi bien difficile à relever. Entre deux musées, voici quelques plaisirs – petits et grands – à s’offrir sans retenue.

Hammam

La conquête de l’Andalousie par les Arabes remonte au VIIIe siècle, période qui a laissé des traces évidentes à Málaga – le Gibrafaldo – et d’autres plus discrètes, comme ce hammam caché dans le quartier des musées, ouvert dans un édifice restauré en 2013 dans le style de la dynastie des Nasrides. Un havre de paix aux murs tapissés de mosaïques vernissées, éclairé doucement à la lueur des bougies et de la lune, le soir. La piscine du patio central est sublime: il n’y a rien de tel qu’y aller en fin de journée, quand tout est si calme, ultime coup de fouet avant de rejoindre la foule qui commence à peine à envahir les restaurants vers 22 h. Réservez les fins de semaine ou pendant la haute saison. Entrée: 30 euros, service de massage en sus.

Paseo

20 h. À cette heure, les petits sont couchés au Québec. Ou tout près de l’être. On a soupé. On a même fait la vaisselle et on ne tardera pas trop à suivre au lit. À Málaga, c’est le prime time, l’heure du Paseo, quand s’attardent les derniers rayons du soleil avant de s’éclipser derrière la lune et que l’on «passe» tranquillement dans les plus belles avenues de la ville, en saluant les amis pour prendre quelques nouvelles et se promettre de se voir bientôt, sachant très bien qu’on ne le fera pas vraiment, mais qu’importe, on l’a dit et c’est ce qui compte. Un savant ballet où s’entremêlent les enfants (trop) bien mis, les jeunes en jeans (trop) serrés, les adultes qui sortent du travail avec la mine soulagée. Dans la calle Larios et la Palmeraie des surprises.

Tapas

Il faut un certain temps pour s’habituer à l’horaire andalou. Le repas du midi ne se prend jamais avant 14 h, sinon 15 h, et les restaurants n’accueillent les clients qu’à partir de 20 h 30, le soir. Et souvent, on grignote plus qu’on soupe: un verre de vin avec des tapas, à base d’omelette, de jambon séché et de fruits de mer. À Málaga, le Pimpi est une véritable institution (1971) déployée tout autour du musée Picasso, repaire d’artistes (Antonio Banderas a son condo juste au-dessus, comme Salvador Dalí, à une autre époque) et de touristes, il va sans dire. Mais le coeur fourmille de buvettes agréables, comme la Taberna del pintxo, très conviviale.

Plage

Le virage culturel de Málaga ne saurait occulter une chose: c’est un peu, beaucoup, essentiellement pour son climat si agréable et la mer que les touristes y défilent aussi nombreux. Les locaux vous diront que ce ne sont pas les plus belles – Marbella et Torremolinos ont leurs lots de fidèles -, mais celles de Málaga ont l’incroyable avantage d’être à distance de marche du centre-ville. Jolies, propres. La Malagueta est la plus proche (et fréquentée); et celle de Pedregalejo est bordée par une promenade maritime émaillée de petits restaurants servant poissons et boissons.

Le port

Málaga a mené à l’aube de 2010 un vaste projet de réhabilitation du quai numéro 1 (muelle uno) pour améliorer l’accès des citoyens au port, y créant un espace commercial où s’entremêlent boutiques et restaurants, doublé d’une agréable promenade baptisée Palmeraie des surprises, particulièrement courue en fin d’après-midi et les week-ends. On y retrouve le seul restaurant étoilé au guide Michelin de Málaga, et quelques jolies terrasses avec vue sur la Farola, le phare de Málaga (d’ailleurs l’un des rares à porter un nom féminin en Espagne).

Carnet de bord

Quand partir?

On dit de Málaga qu’elle est la ville aux trois printemps suivis d’un été. Bref, le temps y est agréable à l’année. Il fait froid pour s’y baigner l’hiver, mais les températures sont clémentes (18 °C le jour en janvier) et le soleil, omniprésent. L’été, la chaleur peut être écrasante.

Y aller

Air Transat propose des vols directs à l’année vers Málaga (sept heures environ). Sinon, il faut faire escale à Paris et compter une quinzaine d’heures de transport au total.

Budget

L’Espagne est l’un des pays d’Europe où l’on s’en tire à meilleur compte pour son argent. On peut manger très bien, incluant un verre de vin, pour 20 euros. L’entrée dans les musées est raisonnable, souvent moins chère qu’à Montréal. Le prix des hôtels fluctue beaucoup entre la saison haute et la saison basse – évitez à tout prix la semaine sainte, où les prix s’envolent. En février, on trouvera de belles chambres bien situées autour de 75 euros.

Circuit

Prévoyez au moins quatre jours à Málaga pour profiter des musées sans vous astreindre à un rythme de visites trop soutenu: relaxer, faire la sieste l’après-midi, cela fait aussi partie de l’expérience malaguène. Plusieurs excursions d’une journée sont à envisager: Nerja, pour ses plages sublimes, la pittoresque Ronda, ou encore Antequera, dont les mystérieux dolmens viennent d’être inscrits au patrimoine de l’UNESCO. Si vous avez deux semaines ou plus, envisagez un circuit andalou passant par Séville, Grenade et Cordoue.

Publié le 18 février 2017 à 08h00 | Mis à jour le 18 février 2017 à 08h00

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